DARA 35 - L'Armorial de Guillaume Revel

  • Auteur(s) : Sous la direction de Pierre-Yves Laffont
  • Edition : ALPARA
  • Année de parution : 2011
  • Nombre de pages : 502
  • ISBN : 2-916125-05-1

43,00 €

Résumé

Au milieu du XVe siècle, le duc de Bourbon, Charles 1er (1401-1456), proche parent du roi de France Charles VII, fait réaliser par son héraut d’armes Guillaume Revel un armorial visant à recenser les armes de toute la noblesse de ses domaines d’Auvergne, du Bourbonnais et du Forez. L’objet premier de ce fort recueil est d’enregistrer des armoiries. De ce point de vue, il s’inscrit dans une tradition alors déjà longue, même s’il montre des caractéristiques tout à fait particulières : inventaire dans un territoire réduit, avec toutefois une recherche d’exhaustivité à l’intérieur de celui-ci ; désignation nominale des individus et pas seulement des lignages ; enfin, recensement, outre les armoiries, des cimiers et des cris.

Mais l’armorial de Guillaume Revel présente surtout une particularité fondamentale sans équivalent : il s’agit de la représentation topographique des chefs-lieux de seigneurie dont relevaient les fiefs tenus des ducs de Bourbon par les lignages figurant dans l’Armorial. Le projet initial, sans doute trop ambitieux, n’ayant été que partiellement réalisé, l’ouvrage nous est parvenu inachevé : nombre de chefs-lieux et d’écus sont restés non illustrés, certaines vignettes sont encore à l’état d’ébauche et il manque aussi divers chefs-lieux de châtellenie. Néanmoins, même dans cette version incomplète, l’armorial de Guillaume Revel contient plus d’une centaine de vues : 47 pour l’Auvergne ; 1 pour le Bourbonnais et, enfin, 54 pour le Forez (la capitale du comté, Montbrison, ouvrant cette série) soit, bien que certaines soient relativement sommaires, la plus importante collection de vues topographiques du manuscrit. L’étude de ces vues foréziennes est au cœur du présent ouvrage.

Il importe de souligner que les vues de l’Armorial de Guillaume Revel présentent un grand intérêt en matière d’histoire de la représentation des espaces. En effet, l’Armorial est, avec d’autres manuscrits contemporains (comme les Très Riches Heures du duc de Berry), un jalon important dans le développement du concept de paysage topographique en Europe occidentale au XVe siècle. Même si toutefois, il est clair, comme le montrent les nombreuses anomalies de représentation, que la fonction des vues de l’Armorial n’est pas de représenter exactement ce que voit l’œil de l’observateur mais de rassembler dans un même dessin différentes informations jugées indispensables d’un point de vue symbolique au commanditaire de l’œuvre, qu’elles soient topographiques ou architecturales.

Si, traditionnellement dans l’historiographie, cet armorial est attribué au héraut d’armes Guillaume Revel, qui signe une introduction de deux pages en tête du volume et dont on ne sait malheureusement rien ; en réalité, on ne peut lui attribuer seul tout le travail… En effet, quatre illustrateurs différents semblent être intervenus et, du point de vue de l’illustration du volume, Guillaume Revel s’est sans doute contenté de coordonner le travail. La question de l’auteur ou des auteurs de l’Armorial s’avère donc au final plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Il en va de même de la datation du manuscrit. Effectivement, la réalisation de l’ouvrage, qui nous est de toute façon parvenu inachevé, s’étend sur une longue période : les informations que contient l’Armorial, tant du point de vue héraldique que du point de vue des sites représentés, appartiennent aux années 1440-1450, sans que l’on puisse être plus précis.

Au-delà de l’intérêt pour l’héraldique et pour l’histoire de la représentation des espaces, les vignettes de l’armorial de Guillaume Revel présentent évidemment un intérêt majeur pour de nombreux champs de l’histoire et de l’archéologie du Moyen Âge. On songera, en premier lieu, à l’histoire des formes d’habitat et à l’histoire de l’occupation du sol. On rencontre ainsi dans l’Armorial des habitats castraux et des habitats ecclésiaux, parfois d’origine antique ; des villes et des villages et leurs faubourgs ; des habitats dispersés... L’histoire du peuplement ou encore l’histoire de l’essor urbain y trouve ici une abondante matière. L’armorial de Guillaume Revel offre ainsi pour de nombreux sites, malgré parfois des biais dans les représentations liés aux conditions intellectuelles et culturelles du temps, leur toute première représentation, et généralement la seule avant le plan cadastral du XIXe siècle... Et l’étude fine de chaque site menée ici, associant les données des sources écrites, l’étude des parcellaires anciens et celle des vestiges archéologiques, montre globalement la grande fiabilité des vignettes de l’Armorial. Autre apport fondamental de l’Armorial : l’histoire de la fortification et de l’architecture militaire. Châteaux et maisons fortes y côtoient abbayes et prieurés fortifiés, enceintes urbaines et villageoises. Au-delà sans doute d’un certain nombre de stéréotypes, les vignettes de l’Armorial nous permettent de dresser un tableau général de ce qu’est la fortification au milieu du XVe siècle. On y sent à la fois le poids du passé, avec par exemple ces tours maîtresses qui évoquent indéniablement les XIIe ou les XIIIe siècles, et le poids considérable des travaux de fortification menés dans le contexte de la guerre de Cent Ans. Ceux-ci ont modifié avec une ampleur exceptionnel le paysage des fortifications : amplifiant celles-ci (les premières extensions urbaines sont désormais encloses par de vastes enceintes ; les églises deviennent des forteresses...), les modernisant aussi (les ouvertures de tir adaptées aux armes à feu s’imposent désormais...). Mais la précipitation engendrée par les menaces récurrentes des bandes armées durant les années 1350-1440 est aussi nettement perceptible : des défenses de bois innombrables complètent très souvent des fortifications de pierre jugées alors insuffisantes. Toutefois, la précipitation n’est sans doute pas seule à entraîner un recours si large au bois dans la fortification, il faut y voir aussi là la réticence des communautés d’habitants à financer des travaux qui coûtent très cher. Enfin, l’Armorial s’avère aussi une source de premier plan dans l’histoire de la maison : qu’il s’agisse de maisons paysannes, de maisons villageoises ou urbaines, de maisons nobles. Certes, les stéréotypes sont à l’évidence nombreux et la majeure partie des maisons, tant rurales qu’urbaines, répond à un même modèle. Toutefois, il faut se garder de considérer comme sans intérêt pour l’histoire de l’habitat ces maisons standardisées, en effet, celles-ci sont assurément révélatrices de ce que sont alors les caractéristiques générales des maisons de la majeure partie de la population dans la région. Dans le cas des maisons urbaines, la présence d’un ouvroir au rez-de-chaussée de certaines d’entre elles éclaire leur fonction marchande, de même que la présence d’une tourelle d’escalier indique, dans les villes, des habitats socialement plus prestigieux. La maison noble est particulièrement bien traitée avec le cas spectaculaire de Teillières, résidence de plaisance des comtes de Forez.